Financement du développement : Le rôle primordial des banques de développement

📰ArticleMik Liner Lauschner Miranda, Mathieu TAUSSIG, Koceila AMER

Du 20 au 22 mai 2026, Kamon Développement a participé à la Conférence de recherche sur les banques de développement 2026 à Clermont-Ferrand — un rassemblement qui a réuni des chercheurs, des praticiens et des spécialistes du financement du développement à l’échelle mondiale pour répondre à une question : Comment les banques de développement doivent intervenir pour obtenir de meilleurs résultats en termes d’impact sur le développement durable ?

Vers une redéfinition dues banques de développement : conclusions de la Conférence GRN 2026 

Du 20 au 22 mai 2026, KAMON Développement a participé à la Conférence de recherche sur les banques de développement 2026 à Clermont-Ferrand — un rassemblement qui a réuni des chercheurs, des praticiens et des spécialistes du financement du développement à l’échelle mondiale pour répondre à une question

Comment les banques de développement doivent intervenir pour obtenir de meilleurs résultats en termes d’impact sur le développement durable ?  

Organisée par le Réseau mondial de recherche sur les banques publiques de développement (Global Research Network on Public Development Banks) et la FERDI, en partenariat avec Finance en Commun et l'Agence Française de Développement, la conférence s'est tenue dans le contexte de la présidence française du G7, qui a placé la coopération multilatérale au premier plan de l'agenda international. 

Au-delà des rendements financiers

La question posée par l'économiste Patrick Guillaumont — « Quelle est la vraie différence entre les banques publiques de développement et les autres banques ? » — a fixé le ton pour trois jours de discussions.

Les banques publiques de développement (BPD) ne sont pas simplement des fournisseurs de crédit, elles ont un mandat clair de produire des résultats qui dépassent les rendements financiers. Elles doivent notamment soutenir les transformations structurelles telles que le passage d'économies basées sur les matières premières à des économies à valeur ajoutée et la transition énergétique. 

Cette distinction a des implications directes sur la façon dont les BPD devraient être évaluées. La responsabilité, selon ce qui est ressorti de la conférence, doit être à la fois quantitative et qualitative — mesurer l'impact, pas seulement le volume des flux financiers. 

Les banques infranationales et les besoins locaux

Un thème récurrent a été le rôle sous-estimé des banques de développement infranationales (BDI). Leur proximité avec les communautés locales leur confère une capacité unique à identifier les vrais besoins et à concevoir des interventions vraiment sensibles au contexte. À une époque où la conception des projets “top-down” a montré ses limites, les BDI disposent d’une réelle valeur ajoutée pour produire des résultats sur le terrain à un échelon local.  

La conférence a également souligné les obstacles structurels persistants — notamment le déclassement systématique du risque souverain des pays africains par les agences de notation internationales, ce qui a comme conséquence directe d'évincer l'accès au financement abordable pour les projets nationaux et régionaux. 

Les BMD et la transition énergétique 

Les banques multilatérales de développement (BMD) se sont avérées être les promoteurs les plus constants de la finance verte. La conférence a mis en évidence leur rôle dans l'incitation des banques nationales de développement (BND) à cofinancer les projets régionaux verts, tout en contribuant au renforcement des capacités.  Le financement de la transition énergétique par les banques publiques de développement doit nécessairement s’intégrer et s’aligner sur les priorités des pays, formulés notamment dans les plans quinquennaux nationaux. La transformation, comme l'ont souligné les sessions, ne peut pas être durable si elle contourne les priorités institutionnelles nationales et locales. 

La dédollarisation et l'émergence des devises numériques multilatérales 

La conférence a accordé une attention considérable à la souveraineté monétaire. Comme le démontrent certaines études, les économies dollarisées tendent à renforcer les modèles de croissance orientés vers l'exportation et la dépendance à la dette en devises étrangères, limitant ainsi le développement de marchés intérieurs robustes. La dédollarisation est donc encadrée non seulement comme un choix de politique monétaire, mais comme une stratégie de développement. 

Les monnaies numériques des banques centrales (MDBC) figuraient en bonne place dans ce débat. Les déploiements de MDBC domestiques — comme au Cambodge et en Équateur — ont produit des effets limités à long terme et la plupart ont été abandonnés. En revanche, les plates-formes MDBC multilatérales telles que mBridge (impliquant la Chine, Hong Kong, la Thaïlande, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite) gagnent une traction réelle dans les transactions transfrontalières, augmentant l'utilisation des devises locales dans les règlements internationaux. 

Une base de données mondiale sur les BPD et les IFD

La conférence a été l'occasion d'évoquer la base de données mondiale sur les banques publiques de développement et les institutions de financement du développement, développée par l'Institut des nouvelles économies structurelles de l'Université de Pékin. Couvrant plus de 557 institutions dans 155 pays, avec 23 billions de dollars d'actifs totaux, la base de données intègre environ 10 % de l'investissement mondial. Les BPD sont fortement représentées dans les économies à revenu élevé — pas seulement dans le Sud mondial — en raison du besoin de remédier aux défaillances du marché, de soutenir l'innovation de pointe et de guider les investissements stratégiques à long terme. L'objectif était de présenter cette base de données en expliquant ses fondements, ses objectifs et les avancées de cette initiative 

Les stabilisateurs contracycliques en temps de crise 

Les recherches présentées par l'économiste Florian Léon ont confirmé ce que les praticiens savent souvent intuitivement : les banques de développement se comportent différemment des banques commerciales lors des ralentissements. Tandis que le crédit privé se contracte fortement en période de stress, les prêts des banques publiques de développement restent stables — ou se développent même — fournissant un soutien économique crucial précisément au moment où il est le plus nécessaire. Ce rôle contracyclique n'est pas fortuit. C'est l'une des caractéristiques principales de la nature publique du financement du développement. 

Conclusion 

Cette conférence a fourni une occasion précieuse de confirmer notre compréhension des banques de développement et de leur potentiel en tant que moteurs du développement durable. Un enseignement central est que les banques publiques de développement (BPD) ne doivent pas fonctionner comme des banques conventionnelles — ni dans leurs opérations quotidiennes ni dans la façon dont leur impact est mesuré. La qualité de l'investissement doit avoir la priorité sur le simple volume des flux financiers. À cet égard, la diffusion de la base de données mondiale des BPD représente une avancée majeure. En regroupant les données d'une grande diversité d'institutions dans le monde, elle donne aux chercheurs et aux praticiens les outils analytiques pour identifier les comportements, les tendances et les rôles plus larges des acteurs clés du financement du développement. 

Pour Kamon Développement, cette conférence ouvre plusieurs perspectives prometteuses à explorer. La nouvelle base de données et son réseau de recherche connecté offrent les outils analytiques pour mieux comprendre le comportement des financiers externes, évaluer les rôles spécifiques que jouent les banques multilatérales de développement (BMD) dans divers contextes nationaux, et déterminer si leurs actions s'alignent véritablement sur les objectifs nationaux à long terme. 

Au-delà de l'analyse, il existe un potentiel important pour renforcer la coordination avec les institutions nationales et infranationales afin de mieux identifier les projets prioritaires et aligner les interventions externes en conséquence.  

Financement du développement : Le rôle primordial des banques de développement — KAMON Développement